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  Découverte Sans Précédent au sujet du Voyage D’Ibn Battuta  
 
Par le Dr Abdelhadi Tazi 

Membre de l’Académie du Royaume du Maroc 

Et de l'Académie de la langue arabe du Caire. 

Ce document est mon cadeau personnel à tous les chercheurs et toutes les personnes intéressées par le voyageur mondialement connu, Ibn Battuta le Tangérois; il survient au moment où d'Orient en Occident, organismes internationaux et instances culturelles et universitaires célèbrent son 700ème anniversaire (il est né le 24 avril 1304 AD= 17 Rajab 703 H), en hommage à son périple qui est considéré comme le voyage le plus important de l'histoire de l'humanité. 



L'écrivain Abou Abdallah Mohammed Ibn Abou El Qassim Mohammed Ibn Ahmed Ibn Jouzay El Kalbi fait partie des quatre personnes directement impliquées dans la diffusion du voyage d'Ibn Battuta, diffusion qui a d'abord intéressé le Maghreb puis le monde entier, et ce grâce à l'insistance d'un premier ministre : Ibn Oudrar et aux directives d'un Sultan : Abou Inane ... 

Ibn Jouzay est né en 1321 AD =721 H, et il est décédé le 25 octobre 1356 AD=29 Choual de l'année 757 H, dans la ville de Fès, à l'âge de 36 ans. 

Le destin voulu qu'il rencontre Ibn Battuta, dont il était de 18 ans son cadet, à Grenade, à l'occasion d'une visite du voyageur marocain à la capitale d’Ibnou Nasr en 1351 AD= 752 H (Vol. IV, p 371) (1). 

La rencontre eut lieu dans les jardins du Faqih Abou El Qassim Mohammed Ibn Aassim lors d'une réception réunissant de nombreuses personnalités de la capitale andalouse. Le jeune Ibn Jouzay exprima alors une grande admiration en découvrant les récits que relatait le voyageur marocain au Faqih et il s'empressa de prendre note de quelques sites géographiques qu'il entendit citer; il apprécia énormément cette rencontre et s'enquérant auprès du voyageur de son âge, ce dernier lui répondit qu'il était né le lundi 17 Rajab 703 H =24 Avril 1304 AD (2). 

A l'époque, Ibn Jouzay était au service de Abou E1 Hajjaj Ibn El Ahmar de Bani Nasr Roi de Grenade, qui l'avait nommé à sa cour depuis l'an 741 H= 1341 AD, en remplacement de son père, décédé au cours de la même année durant la bataille de Tarifa. Le jeune Ibn Jouzay était apprécié pour ses qualités littéraires, son art de la calligraphie et son humour (3). La providence voulut que l'écrivain Ibn Jouzay fut victime d'une injustice de la part du Roi Abou El Hajjaj à la suite d'un évènement regrettable, et ne pouvant supporter 1'humiliation d'avoir été fouetté, Ibn Jouzay s'exila à la ville de Fès " asile de l'étranger et refuge du persécuté " comme il l’a décrite (Vol. II, p.138). Il se retrouva ainsi, à la fin de l'année 1353 AD, à la cour du Sultan Abou Inane où il entama l'écriture d'un livre sur l'histoire de Grenade; Lissan Eddine Ibn AI Khatib, élève du père d'Ibn Jouzay, en aurait vu quelques feuillets en  755 H=1354 AD, lors d'une ambassade du Roi de Grenade auprès du Sultan Abou Inane (4). 

Lorsque le Sultan décida de faire écrire le voyage d'Ibn Battuta afin de le rendre public, en passant outre les allégations des jaloux qui s'opposaient à cette idée, il ne trouva pas mieux dans son entourage que l'écrivain Ibn Jouzay qui était reconnu pour sa très belle écriture, « comparable à celle d'Ibn Mouqla » comme le décrivit Lissan Eddine, et ce d'autant plus qu'il avait déjà eu un contact direct avec Ibn Battuta et avait pris connaissance de ses notes lors de sa rencontre avec lui, dans les jardins de Grenade, comme nous l'avons précédemment signalé (5). 

Ibn Jouzay obéit aux ordres de son Roi et c'est la raison pour laquelle son nom sera si connu et si largement diffusé bien qu'il ne vécu pas très longtemps. .. 

Les biographes d'Ibn Jouzay le décrivent comme étant un grand homme de lettres, le plus à même de s'acquitter d’une telle tâche, considérée comme des plus difficiles et des plus délicates. 

Toujours est-il que toute œuvre à laquelle sont associées deux personnes, et dont par conséquent la responsabilité est partagée entre le conteur et l'écrivain, doit éveiller notre méfiance... à plus forte raison lorsqu'il s'agit d'un livre ayant pour sujet un voyage à travers le monde, qui plus est, a été écrit par une jeune personne qui ne dispose, pour seule référence, que d'un récit. Son style a eu beau être soigné, il lui manquait  le vécu de l'expérience et ce, malgré le fait qu'il ait été dit qu'Ibn Battuta a révisé avec lui ses notes -chose que je mets en doute car je pense personnellement que son travail a été réalisé en solitaire et non en collaboration comme il a été avancé par certains. ... 

Les critiques sur le bien-fondé des récits du « Voyage » ne tardèrent pas à s'élever et ce dès l'époque d'Ibn Al Khatib qui cite son maître Abou El Barakat El Balfiqi à propos des " allégations" sur le périple d’Ibn Battuta ...Le grand Ibn khaldoun lui même a relaté « la réprobation » des gens envers ce qu'il a appelé « les mensonges d'Ibn Battuta », dans le but d'en finir avec le récit du "Voyage". !! (6). 

La critique a débuté dès cette époque et dura jusqu'à ce qu'apparut le mouvement des orientalistes à qui revient le mérite d'avoir, dans un premier temps, découvert le manuscrit du « Voyage » avant les chercheurs de l'Orient et du Maghreb; c'est eux en effet qui prirent la chose en main devant un Orient hésitant et un Maghreb préoccupé alors par les convoitises coloniales étrangères !

Les orientalistes entreprirent dans un deuxième temps de valider les dates du périple et son agenda afin de différencier ce qui est plausible de ce qui ne l'est pas; ils vérifièrent, par exemple, si les épisodes de saisons froides ou de saisons chaudes relatées par le voyageur, correspondaient bien, dans le calendrier, à l'été ou à l'hivers ... ! Et si la journée du lundi, annoncée par le voyageur correspondait bien à un lundi ou si ce n'était pas plus tôt un vendredi ou autre!? ..Lorsque le nom du dirigeant d'un pays visité était cité ils vérifièrent si ce dernier avait effectivement existé dans cette contrée et à cette époque ! (7)

 Ils vérifièrent si effectivement le premier voyage d'Ibn Battuta en bateau avait pour destination la Perse en 727 H=1327 AD comme il est indiqué dans le récit (Vol.I, p.18) ou si cela s'était passé plus tôt en 730 H=1330 AD comme le voyageur le dit lui même clairement (Vol.II, p.158) et si la période passée dans un pays visité était suffisante pour aller dans tous les endroits cités et rencontrer toutes les personnes reportées ; et si l'époque de la visite coïncidait avec la présence de telle ou telle personne dans le lieu où il dit l'avoir rencontrée ? Ils se référèrent aux documents de l'époque pour vérifier la véracité des dires etc... Nous disposons ainsi aujourd'hui, de toutes les références et de toute une bibliographie! 

C'est la raison pour laquelle j'ai réservé, dans ma préface du « Voyage », tout un chapitre intitulé « Etudes critiques du voyage », afin d’inviter les lecteurs à une lecture nouvelle du périple. ... 

J'écris, à la fin du chapitre, le commentaire suivant au sujet du «Résumé des Notes » comme l'appelle Ibn Jouzay : 

« ... Ces notes qu'a rassemblées Ibn Battuta durant près de 30 ans et qu'Ibn Jouzay a résumées en moins de 3 mois (8) ..! Comment une si courte période a-t-elle pu être suffisante pour couvrir toutes ces années et comment est-il possible d'assimiler un si grand nombre de noms géographiques et de noms propres qui ont défilé devant le grand voyageur; comment cela a-t-il pu être conservé dans sa mémoire après toutes les années, ?!...Sachant que nous mêmes, et à notre époque, après un voyage, bien que limité dans le temps, il nous arrive, après quelques jours ou quelques semaines, de commencer à oublier certains noms et de devoir nous référer à nos compagnons de voyage, aussi bien les jeunes que les moins jeunes, et croyez moi, je parle en connaissance de cause !" 

A mon avis Ibn Jouzay était trop pressé pour pouvoir s'acquitter d'une tâche qui demande un si grand degré de précision, d'autant plus qu'il était, je pense, également préoccupé par un problème de santé, probablement un ulcère d'estomac comme l'ont suggéré ses biographes: « … il est mort d'une pathologie gastrique ... », qui pourrait aussi avoir été un cancer de l'estomac contracté à la suite du ressentiment causé par l'humiliation qui n'a cessé de le ronger depuis qu'il a été fouetté sur les ordres d'un Sultan qui jusqu'alors plaisantait avec lui et avait fait de lui un compagnon intime !! 

Il aurait dit, à propos de ses crises douloureuses (d'après El Oualid Ibn Ahmar) : (9) 

« Bien que le mal me ronge le corps et que la gravité de mon cas soit évidente, 

mon cœur demeure reconnaissant envers Dieu, dans la patience et la soumission. Livrés au destin, nous sommes tout aussi bien voués à la santé qu'exposés à la maladie et nous sommes tout aussi bien voués au bien qu'exposés au mal ». 

Ses tristes circonstances ajoutaient probablement à sa précipitation et à ses lacunes dans la transcription du récit qui lui était « dicté » et/ou « des notes » qui lui avaient été remises. ..Il est possible qu'il ait même carrément négligé certaines notes car nous ne savons pas, comme nous l'avons noté plus haut, si Ibn Battuta était présent pour réviser avec lui le « Résumé » (10) et donner son avis ? Quoiqu'il en soit, le très court délai qui lui a été imparti pour la réalisation de sa tâche, était déjà, en lui-même, un handicap ... 

Ajoutons aux préoccupations d'Ibn Jouzay un deuxième élément d’incertitude en rapport avec la mésaventure qui n'a cessé d'affecter Ibn Battuta, à savoir le rapt dont a été victime ce dernier, dans une île située dans l'océan indien entre Honavar et Mangalore en Doul Hijja 745 H= février 1345 AD (vol. IV, p.206) et où il fut dépouillé de tout ses biens y compris ses habits et  ses provisions, comme il le décrit ! 

Ce qu'il est nécessaire de noter c'est qu'au delà de l'énorme perte matérielle survenue lors de cette malencontreuse péripétie, qui a d'ailleurs inspiré un grand artiste européen du siècle dernier à en faire un tableau (11), le plus regrettable, dis-je, fut la perte de ses notes de voyage qui contenaient des noms et des renseignements concernant les personnalités rencontrées ainsi que les ouvrages qu'ils ont écrits ... 

Ibn Battuta a été si affecté par ce malheureux évènement qu'il n'attendit pas, pour en parler à Ibn Jouzay, d'être parvenu, dans son récit, aux îles qui ont été le théâtre de sa mésaventure. En raison de l’importance de ces notes, il s'empressa de conter cet évènement au transcripteur Ibn Jouzay au moment où il évoquait les érudits de Boukhara (vol.III, p.448-99-28 et vol. VII, p.206). 

Ce qui m'embarrasse le plus dans cette étude c'est, qu'à part le récit du "Voyage" en lui-même (écrit en Safar 757 H = fevrier 1356 AD) (12) et vue la disparition quasi simultanée de tous ceux qui ont été témoins de l'écriture de la « Rihla », nous n'avons que très peu d’éléments de référence pour nous éclairer ... 

En effet, Ibn Jouzay est mort de son humiliation en Choual 757 H= Octobre 1356 AD en repensant probablement aux coups de fouet qui s'abattaient injustement sur lui (13) ... 

Quant au ministre Ibn Oudrar -qui avait fait fi des accusations d'Ibn Khaldoun en encourageant et en soutenant Ibn Battuta dans son travail- il est mort à son tour, apparemment des mains des partisans du Sultan Abou Inane à la suite d'un hypothétique complot. 

Le Sultan Abou Inane, à son tour, a été assassiné par son ministre Hassan Ibnou ‘Amr en Doul Hijja 759 H= Janvier 1358 AD !!

Ils sont tous morts en un très court intervalle, les uns à la suite des autres; ce fut le cas également d'Ibn Battuta et nous n’avons plus rien eu depuis, à son sujet! S'est-il remarié a-t-il eu d'autres enfants ? En effet Le Maroc vivait alors une période de troubles et de règlement de comptes obligeant 1a population à rester cloîtrée chez elle. 

De tous ceux que nous connaissons il ne resta que le « prédicateur » El Khatib Ibn Marzouq qui réussit à se sauver en Egypte; c'est par son intermédiaire que nous avons reçu -d'Egypte- les dernières nouvelles d'Ibn Battuta le Tangérois ... En effet, ses notes furent découvertes par AI Hafed Ibn Hajar (852 H=1448 AD) et cet auteur dit dans son livre "Addourar AI Kamina" : 

« J'ai lu, écrit de la main d'Ibn Marzouq,  que Abou Abdallah Ibn Jouzay a écrit "le Voyage", obéissant en cela aux ordres du Sultan Abou Inane. Il est dit que AI Balfiqi l'a accusé de mensonges qui furent démentis par Ibn Marzouq. Il dit aussi qu'Ibn Battuta est resté vivant jusqu'à l'année 770 H, et qu'il est mort sur sa route vers « une des régions du pays ». Ibn Marzouq écrivit également: " Je ne connais personne ayant voyagé comme il l'a fait ... et qui fut aussi noble et généreux que lui.(14). 

Pour en revenir à Lissan Eddine Ibn AI Khatib ( « Noufadatou AI Jirab » ) 

Nous découvrons que ce qui est insinué par « une des régions du pays » est la région de Tamesna dont la capitale était Anfa, à savoir l'actuelle Casablanca (15) ... 

Nous disions donc que nos quatre « amis » : Ibn Jouzay, Ibn Adrar, Abou Inane et Ibn Battuta sont tous morts sans nous laisser d'information concernant les circonstances entourant l'écriture du « Voyage », à part ce que nous y avons lu ... Ainsi, comme dit le poète: 

« Celui qui a prescrit le traitement est mort, mort aussi celui auquel il a été prescrit de même que celui qui l'a fabriqué ; mort est celui qui l’a vendu ainsi que celui qui l'a acheté » !!

Etant donné notre sort, quant à nous, qui sommes bien là, j'ai jugé comme de mon devoir d'annoncer cette découverte sans précédant, du moins à ma connaissance, en complément de ce que j'ai déjà signalé dans mes commentaires concernant l'édition du manuscrit et plus précisément dans « Les Moustadrakats » (16). 

Il s'agit d'une découverte qu'il m'a semblé impossible de passer sous silence en raison de toutes les questions pressantes à propos du pourquoi et du comment qui entourent le « Voyage ». Le document en question, auquel j'ai personnellement eu accès, confirme et renforce certaines hypothèses. 

En effet, tous ceux qui ont suivi la première visite d'Ibn Battuta en Syrie ont constaté, d'après le récit, que ce dernier a visité un grand nombre de villes et de régions ainsi que des sites et des monuments aussi bien à l'extérieur de Damas, comme à Alep par exemple, qu'à Damas même où il a rencontré de nombreux savants hommes et femmes, desquels il a reçu des « Ijazat » (Diplômes) ... On y trouve même des informations sur « la peste de l'époque » ... De plus, nous apprenons qu'il s'y est marié avec une dame qu'il va laisser enceinte pour apprendre, pendant son séjour en Inde, qu'elle a accouché d'un garçon; c'est par l'intermédiaire du grand-père maternel (qui est 



de la famille des Meknassi du Maroc) qu'il envoya à l'enfant quarante dinars indiens en pièces d'or (Vol.IV, p.316-315) (17). 

A côté de cela nous savons tous, d'après le « Résumé » de Ibn Jouzay, qu'Ibn Battuta a séjourné en Syrie, en 726 H=1326 AD, durant une vingtaine de jours du mois de Ramadan; la question était de savoir si ces quelques jours étaient suffisants pour réaliser autant d'activités ... pour quelqu'un qui est arrivé le neuvième jour du Ramadan et qui a quitté le premier Chaoual !.. 

Ceux qui ont essayé de valider l'agenda d'Ibn Battuta ont considéré qu'il était impossible dans ce laps de temps si limité de visiter une vingtaine de localités avant d'arriver à Damas ... de plus ils ont réfuté le fait que la visite d'Ibn Battuta à Alep puisse avoir eu lieu en 726 H car le prince Argoun (18), cité par Ibn Battuta, n'est arrivé aux commandes de la ville d'Alep qu'en 727 H. 

La question qui s'impose alors à nous est la suivante: Ibn Battuta n'aurait-il pas effectué une seconde visite à Damas, visite qui lui aurait permis de réaliser toutes ces activités y compris celle en rapport avec son mariage ? Il est vrai en effet qu'il y est revenu en 748 H=1348 AD sur son chemin de retour vers le Maroc après une absence de 20 ans; il chercha alors son fils... mais il découvrit que toutes les personnalités qu'il avait connues étaient décédées à l'exception du Cheikh Assakhaoui qui ne reconnu Ibn Battuta que lorsque celui-ci se présenta à lui et après qu'il l'ait « longtemps scruté du regard »!!.. (Vol.IV, p.3l6) 

Nous avons suivi Ibn Battuta dans son premier pèlerinage et au moment où il a quitté la Mecque le 20 Dilhijja (726 H=17 novembre, 1326 AD)... 

Nous l'avons suivi étape par étape et jour après jour alors qu'il voyageait en compagnie de l'Emir de la délégation irakienne surnommé «Bahlaouane» (19). 

Nous l'avons suivi jusqu'à son arrivée à la ville de Nadjaf de laquelle il décrivit son mausolée et ses tombes; il y rencontrera notamment le doyen des « Chorfa » : Nidam Eddine Houcine Ibn Tajeddine ... 

Dans la ville de Nadjaf, Ibn Battuta quitta la délégation irakienne qui se dirigeait vers Bagdad et prit, lui, la route de Bassora (Vol.II, p.16). 

Une fois à Bassora il en profita pour visiter la ville historique voisine de Al'Ouboulla située à une vingtaine de milles (Vol.I, p.404) à bord d'une petite embarcation « à travers des jardins contigus et des palmiers ombrageux de droite et de gauche de la route, à l'ombre desquels des marchands vendaient pain, poissons, lait et fruits ... » selon le récit du « Voyage » (Vol.I, p.404). 

A ce stade du « Voyage », nous sommes surpris par ce que relate Ibn Jouzay selon lequel Ibn Battuta avait l'intention de se diriger vers Bagdad et de rejoindre la délégation irakienne...mais que certains habitants de Bassora le pressèrent d'aller d'abord en Perse (« Irak El Aajam ») avant de se rendre à Bagdad (« Irak El Aarab ») et le récit dit qu'il suivi leur conseil. 

Nous lisons ainsi qu'Ibn Battuta traversa la mer (20) en 727 H=1323 AD, (Vol.II, p.18) et arriva à Toustar en été et qu'il y contracta une fièvre comparable à celle qui frappe les voyageurs qui se rendent à Damas en saison chaude. (Vol.II, p.28). 



Il arriva ensuite à Idaj où il affirme être arrivé en été, ce qui est absolument rejeté par les chercheurs et à leur tête le doyen des orientalistes tchèques Ivan Herbek(21). 

Après cela, le conteur avance que le roi d'Idaj était à l'époque le sultan Atabék Afrassiab, information contestée par les premiers traducteurs et éditeurs français qui recommandaient au lecteur de lire: "Nousrat Eddine Shah Ahmed" au lieu de "Afrassiab" qui n'est arrivé au pouvoir qu'en 1339 (22) ... 

Nous arrivons par la suite, à la ville d'Asfahane et l'histoire dit que Qoutb Eddine Houcine le chef spirituel de la Zaouia de Ibn Sahl disciple d'Al Imam Aljounayd, a vêtu Ibn Battuta d'une robe et d'un bonnet et que ce cérémonial a été ressenti comme un honneur par Ibn Battuta (Vol.II, p.49). Cela s'est passé le 14 Joumada II de l'année 727 H=7 mai 1327 AD, ce qui, comme nous allons le voir par la suite, entre en contradiction avec les informations recueillies dans le précieux document que j'ai découvert, document écrit des propres mains d'Ibn Battuta et qui atteste qu'il était à Damas, sans l'ombre d'un doute, à cette date précise (23) ... 

D'Asfahane le voyageur se serait rendu à Chiraz qu'il compare à Damas ... et après avoir décrit quelques uns des sites il aurait visité Kazaroun puis Zaydine puis Houwayza' (V.II, p.93) puis la ville d'Al Hilla (24) puis le Mausolée de Houcine Ibn Ali à Karbala'. 

Il visite ensuite Bagdad qu'il entreprend de décrire (Vol.II, p.100) en copiant Ibn Joubayr qui l'avait visitée, lui, avant l'invasion des mongols (656 H=1258 AD) d'après ce que signale Ibn Battuta, qui nous informe à ce propos de la démolition des Médersas (Vol.II, p.105). Il nous apprend également qu'il y a rencontré le grand érudit de l'Irak Sirajeddine Qazouini, lui-même disciple de la grande érudite Cheikha Fatima Bent Almoulouk. Cette rencontre eu lieu le mois de Rajab 723 H= Juillet 1327 AD dans la mosquée des Khoulafa' (25). 

Après son récit sur l'histoire de Bagdad et sur le Sultan de Bagdad, le voyageur revient à son périple et il relate, d'après Ibn Jouzay, qu'il s'était mis en tête de se rendre en Perse en compagnie de l'escorte du Sultan Abou Saïd Bahadour et d'assister à tous les préparatifs en la circonstance (26)... Cependant, il n'a cité ni la date du voyage ni ses différentes étapes comme il nous a habitué à le faire, donnant l'impression "d'avoir pris l'avion", pour reprendre le terme utilisé dans mes « Commentaires » !!!

Tout ce que nous savons à propos de ce voyage c'est qu'Ibn Battuta a été présenté au Sultan Abou Saïd par l'intermédiaire du prince Aala'Eddine et c'est en cette circonstance que le Sultan lui demanda des informations sur son pays le Maroc et que le prince Aala'Eddine fit part au Sultan de l'intention d'Ibn Battuta de se rendre une deuxième fois à la Mecque. Le Sultan donna l'ordre alors qu'il lui fut fourni le transport et les provisions et il écrivit dans ce sens à l'émir de Bagdad ; c'est alors que nous voyons Ibn Battuta revenir immédiatement à Bagdad, pour profiter de ce qui lui a été promis par le Sultan, et se joindre ainsi à la délégation irakienne destinée à se rendre au "Hijaz"... 

A ce propos, le voyageur raconte: " il restait plus de deux mois avant le départ de la délégation et il m'a semblé possible de visiter Mossoul ainsi que Diarbakr et de revenir à temps pour le départ de la délégation..." 

Il raconte qu'il est sorti de Bagdad...et nous le voyons décidé à suivre les pas d'Ibn Joubayr, passant par Samara puis par Takrit, Moussoul, Nassibin, Sanjar puis Dara et Maridine (27) ... avant qu'il ne nous surprenne en arrivant à Bagdad la veille du départ de la délégation irakienne vers le "Hijaz"... 

Nous remarquons ici, comme nous l'avons relevé précédemment lors de son voyage à Tibriz avec le Sultan, qu'Ibn Battuta ne prend pas la peine de noter les dates d'arrivée à telle ou telle localité ce qui souleva de nombreuses interrogations aux chercheurs qui se sont attachés à suivre Ibn Battuta "dans le temps et dans l'espace". 

Citons d'abord le témoignage d'un chercheur originaire de Mossoul, le Dr Jazil Al Joumard pour ce qu'il apporte de nouveau à propos d'Ibn Battuta à Mossoul ... (28) 

Je citerai ensuite notre regretté ami et érudit, Khalilallah ex-ambassadeur d'Afghanistan à Bagdad qui a écrit, à juste titre, dans son ouvrage "Ibn Battuta en Afghanistan", qu'il a été surpris par le "bond" qu'a effectué notre voyageur de la ville de Goundouz à Baghlan où il arrête d'ailleurs son journal de voyage durant tout un mois! (29) 

Retournons à présent à nos interrogations sur le voyage d'Ibn Battuta au sud de la Perse! Qu'en est-il des jours d'hiver qu'il cite comme des jours d'été, et qu'en est-il d'Atabék Afrassiab cité par le voyageur comme le dirigeant du pays alors qu'il ne s'est installé effectivement au pouvoir que 20 ans après! Et qu'en est-il du récit à propos de la robe et du bonnet offerts au voyageur à Asfahane alors qu'Ibn battuta a écrit de ses propres mains qu'il était alors à Damas? 

Qu'en est-il également de la date de son premier voyage sur mer, était-ce en 727 H =1327 AD ou en 730 H=1329 AD? Toutes ces questions ont laissé perplexe tout un chacun y compris moi-même! 

Durant quelques années j'ai continué dans mes recherches jusqu'à ce que j'entende parler d'un manuscrit retranscrit des propres mains d'Ibn Battuta et qui avait pour sujet le "Hadith"(l'enseignement du prophète), ... ouvrage se trouvant dans la bibliothèque d'El Azhar ... (30) A l'époque je voulais simplement voir l'écriture du voyageur. 

Profitant donc d'un voyage au Caire à l'occasion des travaux de l'Académie de la langue arabe du Caire, le 30/03/02 je cherchai et trouvai ce manuscrit concernant le "Hadith", qui est l'œuvre d'Ibn Abbas Ahmed Ibn Omar Al Ansari El Qortobi  mort, et enterré à Alexandrie en 656 H=1358 AD et qui a pour titre "Al Moufhim"(31). 

Ce manuscrit, retranscrit des mains même d'Ibn Batouta, comprend deux documents "clés", l'un à la fin du deuxième volume et l'autre à la fin du troisième volume ... qui prouvent tout deux, comme nous l'avons précédemment annoncé, qu'Ibn Battuta séjournait à Damas durant les mois de Rabiaa II et de Joumada I et II de l'année 727 H=1327 AD ... 

Cette note, comme je l'ai dit, est écrite des propres mains d'Ibn Battuta le Tangérois et je suis persuadé qu'il existait un troisième document à la fin du premier volume qui s'est égaré avec ce dernier !...

J'ai ainsi pu voir la fin du deuxième volume du manuscrit de même que la plus grande partie du troisième volume et plus spécialement sa fin ... Les deux ont été retranscrits à Damas par Ibn Battuta, dans l'une de ses Medersa: " Al Madrassa El Aazizia"; notre voyageur a fait cela à la demande de son maître, Assakhaoui (32), avec lequel il avait une relation privilégiée comme il l'a noté lui-même dans sa "Rihla" (vol.I.p.241). 

La fin de la deuxième partie de ce grandiose manuscrit du « Hadit » porte la date du 1er Joumada I , 727 H= 26 mars 1327 AD et le troisième volume est daté du 18 Joumada II de l'année 727 H= 11 mai 1327 AD... 

Avant de relater le texte de ces documents j'aimerais rappeler que notre voyageur nous apprend déjà dans le récit du "Voyage" (Vol.I, p.222), qu'il avait trouvé, dans un livre intitulé "Al Moufhim"(33) dont l'auteur est l'Imam El Qortobi, une anecdote à propos d'Ouaiss Al Qarani, ce qui nous confirme le lien qu'il y a eu entre Ibn Battuta et le manuscrit objet de notre étude et ce qui suit est la traduction d'un texte tiré de la "Rihla" : 

"... j'ai lu dans un livre intitulé "Al Moufhim", qu'un groupe de compagnons du prophète voyageaient avec Ouaiss Al Qarani, de la Médine au "Chem"; ce dernier décéda en cours de route dans un lieu inhabité et aride et que ne fut leur surprise, lorsqu'ils mirent pied à terre, de trouver de l'eau ainsi que le nécessaire pour l'embaumer ? Ils firent donc sa dernière toilette à leur compagnon, l'embaumèrent, prièrent pour son âme, l'enterrèrent et continuèrent leur voyage jusqu'au moment où l'un d'eux s'écria: "comment laisser le tombeau sans épitaphe!" ils revinrent donc sur leurs pas, mais une fois sur les lieux ils ne trouvèrent aucune trace du tombeau (Vol.II.p.222-223) (34). 

Pour revenir aux deux manuscrits retranscrits des mains d'Ibn Battuta le Tangérois et plus particulièrement aux documents en fin du manuscrit, (nous avons dit que le premier document se trouve à la fin du deuxième volume et que le second se trouve à la fin du troisième volume ...).

Ci-dessous la traduction du premier document : 

« J’ai achevé de retranscrire le deuxième Volume du livre Al Moufhim » qui explique le résumé du livre de Mouslim, par la grâce de Dieu et avec son aide, suivit au début du volume, par "le chapitre sur le vêtement".  Je l'ai achevé le vendredi 2 de Joumada I, 727 H = 26 mars 1327 AD tout en priant pour le pardon de Dieu. Transcrit par: Mohamed Ibn Abdillah Ben Mohammed Ben Ibrahim Tangi. Puisse Dieu lui accorder la réussite et Sa Protection ainsi que Ses Bienfaits et Sa Générosité et puisse Dieu le soigner et le ramener aux siens dans les meilleures conditions et au plus tôt. Il est celui qui écoute les prières et qui les exhausse. Rien n’est possible sans Lui et que la prière et le salut accompagne le Prophète Mohammed ainsi que ses compagnons et toute sa famille".

















Page 93 du manuscrit "Al Moufhim", bibliothèque d'Al Azhar, document écrit des mains d'Ibn Battuta le Tangérois en 727 H=1327 AD ... 

Ci-dessous la traduction du deuxième document : 

« J’ai achevé de retranscrire le troisième volume du livre" Al Moufhim" qui a pour sujet « les difficultés à comprendre le résumé du livre de Mouslim » ; et, en le terminant je termine tout le Recueil, par La grâce de Dieu, à la date du lundi 18 Joumada II, 727 H = 11 mai 1327 AD dans Al Madrassa AIAaziziya à Damas. Dieu la protège. En remerciant Dieu de nous avoir guidé à l'islam et de nous avoir aidé dans la transcription de la « Sunna » de Son Prophète, couronne de la Création. Ce n'est qu'à Dieu que nous nous en remettons, puisse-t-il nous donner la sincérité dans nos actions et nos intentions envers Lui, puisse-t-il préserver notre ouïe et notre vue et nous renforcer sur Son Chemin, puisse-t-il nous protéger ainsi que nos parents et nos maîtres, nos vivants et nos morts ainsi que tous les musulmans, par Sa Grâce, Sa Bénédiction et Sa Miséricorde, puissions-nous être parmi les élus qui verront son Généreux Visage dans Son Paradis ! Amen ! Seigneur de l'univers ! Ecrit par le serviteur et mendiant du Salut de Son Dieu le repenti de ses péchés, et mendiant de sa Grâce, Mohammed Ibn Ibrahim Ibn Battuta Al Garaoui Attangi (35) qui est loin de son pays, puisse Dieu l'aider dans ses affaires et dans sa condition. Je le remercie et que le salut soit avec Le Prophète". 

Transcrit à la demande de son maître, le professeur érudit, respecté, et réputé ... (36) Abi Al Hassan Ali Assakhaoui El Maliki ... 



















Comment donc, après cela, Ibnou Jouzay peut-il justifier son omission de signaler la présence d'Ibn Battuta à Damas en cette année 727 H=1327 AD et de décrire, au lieu de cela, un voyage au sud de la Perse ?... 

Ces deux documents ont été écrits des mains même d'Ibn Battuta, et ils représentent deux indications du lieu et du temps comme nous l'avons vu; ceci, en plus d'un troisième document qui se trouve à la fin du premier volume et que nous n'avons pas pu retrouver. 

L'œuvre d'Ibn Jouzay a suscité de nombreuses interrogations aux chercheurs lorsqu'ils se rendirent compte que certains personnages cités par Ibn Battuta en 727 H=1327 AD n'étaient pas encore là à l'époque en question, ... qu'ils ont réellement vécu, mais plus tard! ! De même qu'ils relevèrent que certaines époques où Ibn Battuta se plaignait de la chaleur ne correspondaient pas à une saison chaude mais une saison froide !! 

Nous comprenons également les problèmes des premiers éditeurs, depuis 1853, qui étaient obligés d'enfreindre parfois le texte en suggérant par exemple au lecteur de corriger l'erreur et de lire « Nousrat » au lieu de « Afrassiab » comme nous l'avons dit précédemment ... 

Nous comprenons les problèmes posés à Herbeck lorsqu'il releva que le récit de la Rih1a" à propos du désert qu'aurait traversé Ibn Battuta demande à être revu parce qu'en fait, ce voyage s'était déroulé à travers une prairie verdoyante !! 

Nous nous retrouvons devant un récit où Ibn Battuta date sa première traversée de la mer de l'année 730 H=1330 AD et non pas 727 H=1327 AD. Tout cela renforce notre conviction que le voyage d'Ibn Battuta en Perse a été le fruit de l'imagination d'Ibn Jouzay !! 

J'eus la conviction finale, après avoir vu les documents écrits des mains d'Ibn Battuta à Damas, que ces événements se sont en fait déroulés vingt ans après (37) ...! 

J'ai fait partie de ceux qui ont écrit, il y a vingt ans (1984), qu'Ibn Battuta a visité la Perse cinq fois et j'y ai inclus la visite en 727 H, objet de notre discussion (38). 

Cependant lorsque j'ai découvert le manuscrit "Al Moufhim" (et plus spécialement son document final) retranscrit des propres mains d'Ibn Battuta à Damas, j'ai été conforté dans le fait que l'œuvre d'Ibn Jouzay était empreinte de précipitation et de manque de précision !... 

Nous pouvons donc, à présent éclaircir les doutes entourant certaines informations de la "Rihla" et notamment ceux en rapport avec le premier voyage à Damas ainsi que le voyage au sud de la Perse ... 

J'ai essayé, sur cette base, d'imaginer les circonstances dans lesquelles a été écrite la "Rihla" : 

Après que fut émis l'ordre du Sultan Abou Inane et après qu'Ibn Battuta eut écrit ce qu'il a écrit comme mémoires, ses notes furent remises à l'écrivain Ibn Jouzay ... Dans ces notes, il y en avait qui concernaient le Hijaz, d'autres qui se rapportaient à la Syrie ("Cham"), d'autres à l'Inde etc... Ce que fit Ibn Jouzay, c'est réunir les notes selon les pays, sans se soucier des dates des sept visites. Ainsi, par exemple, il a réuni ce qui s'est passé dans la première visite au Hijaz pêlemêle avec ce qui s'y est passé lors de la seconde visite !! 

Il en est de même pour ce qui concerne les deux visites en Syrie et les autres, où l'écrivain a mêlé les évènements, évoquant côte à côte ce qui s'était passé en fait à des années d'intervalle !... 

En fin de compte, à mon avis ... il faudrait retarder le voyage d'Ibn Battuta en Perse à l'année 727 H=1327 AD et considérer qu'il est revenu de Bassora à Bagdad et après avoir décrit la capitale des Abbassides, il entreprit son voyage à Damas, voyage qui, à mon avis, était motivé à plus d'un titre ... 

Premièrement le fait qu'il se soit marié là-bas et qu'il ait eu un fils auquel il envoyait une aide financière depuis l'Inde comme il le dit lui-même (Vol.IV, p.316) ... 

Deuxièmement nous avons constaté qu'il y avait eu de longs séjours chargés en activités à la suite desquelles il obtint des « Ijazats » (diplômes) de ses maîtres hommes et femmes... 

Troisièmement, et c'est là le point clé, il y a retranscrit de ses propres mains et sans l'ombre d'un doute, un manuscrit grandiose, écrit à l'origine par un personnage tout aussi grandiose et dont la retranscription lui a été commandée par un autre grand homme, tout cela en un lieu connu et à une époque bien déterminée ... Ce manuscrit existe encore, par chance, au sein de la bibliothèque de l'Université Al Azhar du Caire ! 

Enfin, la possibilité de satisfaire son désir d'imiter son prédécesseur Ibn Joubayr, chose que l'on constate aussi bien dans sa vaine tentative d'atteindre Jeddah par la mer rouge, que dans sa manière de décrire les sites visités ... Afin de rester fidèle à son modèle, il empreinte le même itinéraire que lui pour se rendre à Damas. Je suppose ainsi, qu'il a dû prendre la route qui passe par Mossoul puis Maridine ... puis Alep ... puis Al Ma-aarra puis Hama ... puis Homs pour arriver enfin à Damas; après quoi nous le verrons retourner à Bagdad pour rejoindre la délégation Irakienne et effectuer ainsi son deuxième pèlerinage à la Mecque. 

Ma critique concernant la rédaction de l'écrivain Ibn Jouzay, puisse Dieu l'accepter dans Sa Sainte Miséricorde, c'est qu'il n'a pas fait l'effort de nous éviter les "sauts de récit" du maître et de s'en tenir donc à ne parler que de l'Inde dans le chapitre de l'Inde. ... ( vol.l, p.422-426) et de ne citer que ce qui concerne le Ceylan dans le chapitre du Ceylan (vol.2, p.80). 

Egalement ma critique envers lui est qu'il a résumé outre mesure et même parfois s'est précipité, au point d'oublier, par exemple, de parler du prince Hariab comme il l'avait annoncé au lecteur (Vol.IV, p.68). 

L'autre critique c'est que par moments, il copie textuellement le voyage de Al Aabdari AI Hihi sans jamais le citer ..! 

Mais la plus grande critique c'est de voir tout un voyage subtilisé et remplacé par un autre voyage ... tout à fait imaginaire ! 

Il n'en demeure pas moins que l'œuvre d'Ibn Jouzay perdurera et représentera le fruit de l'effort effectué par un homme malgré les circonstances extrêmes qui étaient les siennes...Elle restera une œuvre de poids, une œuvre de référence ... car, il ne faut pas l'oublier, la principale cause de "dérapage" dans certains épisodes de la "Rihla" revient à la nature opposée des deux personnages qui en sont la source. Ils s'opposent de par leur âge, de par leur expérience et de par leur formation ! Malgré tout, Ibn jouzay a permis, grâce à son œuvre, d’éterniser un patrimoine humain, un patrimoine qui a été préservé de toute altération et ce depuis sa transcription dans la ville de Fès : un voyage si grandiose, si varié et si riche qu'il reste unique en son genre. 



15/06/2004 

(Traduction du Dr Tazi Badr) 



 
     

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